Si la crise due à la pandémie nous a obligés, en France comme dans le monde entier, à concevoir en urgence d'autres modes de fonctionnements académiques, elle aura aussi été révélatrice de situations déjà inacceptables, devenues ingérables pendant cette période pour notre université.

Ainsi, à tous les niveaux, les moyens ont manqué. L'université n'avait pas anticipé les aménagements nécessaires pour un télétravail raisonnable : pas d'ordinateurs portables en nombre suffisant pour les étudiants comme pour le personnel, pas de moyens informatiques afin de travailler à distance. Elle n'avait pas non plus anticipé un usage intensif des logiciels, en particulier des outils numériques comme l'environnement numérique de travail, sans compter (mais ce n'est hélas pas propre à notre université) l'inexistence de plateformes collaboratives. Et il aura fallu beaucoup de temps, trop de temps, pour y pallier.

Certes, nous espérons que cette situation est provisoire, et elle ne doit pas nous faire oublier que la situation "normale", avant cette pandémie, était déjà totalement anormale: manque de moyens matériels, manque de moyens humains, locaux vétustes ou inutilisables (un bâtiment a ainsi été fermé plusieurs mois, et a rouvert sans toilettes). Les conditions minimales pour les enseignements, mais aussi pour la recherche, n'étaient ainsi pas réunies, alors que dire de la situation actuelle !

Comment débuter la prochaine année universitaire ?

Le présentiel doit rester la norme. Un fonctionnement dégradé en temps de crise ne doit en effet pas devenir pérenne. Bien entendu, d'autres modes de fonctionnement peuvent être possibles ponctuellement si tant est que leur utilisation est possible dans de bonnes conditions pour toutes et tous, que cela ne dégrade en rien les formations.

Quelle sera la situation sanitaire en septembre ?

Personne ne peut le prédire avec certitude. Mais, quelle que soit la situation, il est urgent que soient donnés à l'université des moyens humains et financiers à la hauteur des enjeux. Nous ne pouvons envisager une nouvelle année universitaire dans ces conditions.
- des créations de postes BIATSS sont indispensables: l'université est en déficit de postes depuis des décennies, de l'aveu même des ministères successifs. Or le suivi des étudiants, le développement de la recherche dans les laboratoires, ne peut plus être assumé. Dans trop de services, le mal-être s'est amplifié depuis de trop nombreuses années et il n'est pas possible d'en demander plus.

- des créations de postes d'enseignants, d'enseignants-chercheurs sont aussi indispensables. La capacité d'enseignement (par des titulaires) de l'université Sorbonne Paris Nord a baissé de près de 15% en 5 ans: quand le nombre de titulaires a baissé de près de 10% quand, dans le même temps, le nombre d'étudiants a largement augmenté. Ainsi, nous en arrivions à des amphis où les étudiants restent sur les marches, à des TD ou TP surchargés, à la limite (voire au-delà !) des règles minimales d'accueil et de sécurité. Comment dès lors envisager une rentrée en divisant par 4 le nombre d'étudiants ? L'enseignement à distance a ses limites: des enseignements en présentiel sont indispensables, et que dire des enseignements de TP ! Par ailleurs, à juste titre, des moyens sont donnés pour éviter le décrochage d'étudiants, principalement en première année, mais comment poursuivre cet effort dans un environnement en distanciel ? Enfin, la réduction des capacités d'enseignement a entraîné inévitablement des contraintes fortes sur la recherche. La limite est atteinte ! L'absence de moyens ne nous permet plus d'exercer individuellement nos métiers et de remplir collectivement notre mission de formation et de recherche.

- des moyens informatiques doivent exister à la hauteur des enjeux. Télétravailler, enseigner à distance, nécessite des moyens adaptés tant pour les personnels BIATSS que pour les enseignants et enseignants-chercheurs. Cela suppose aussi que les étudiants et le personnel aient ces moyens informatiques. Cela suppose enfin des serveurs, un réseau, suffisamment dimensionnés. Les commandes doivent se faire maintenant ! Il sera trop tard en septembre. Mais sur quel budget ? L'université Sorbonne Paris Nord a vécu des années budgétaires extrêmement difficiles, l'équilibre budgétaire n'a pu être obtenu qu'au prix de réductions drastiques dont on a vu, et plus encore avec la pandémie, les conséquences. Il est urgent que soit déterminé l'effort budgétaire, il est impératif que l'Etat s'engage dès maintenant.

Le département de la Seine-Saint-Denis aura été très durement touché par la pandémie. Le CHU Avicenne en aura été en première ligne. Il faut rendre hommage à tous les soignants du CHU, et plus largement à tous les bénévoles, qui ont fait en sorte que la situation ne soit pas intenable. L'appel du professeur Martinod et de médecins pour une réelle "équité sanitaire pour la Seine-Saint-Denis" (JDD du 17 mai 2020) doit être entendu. Au-delà, c'est toute la Seine-Saint-Denis qui souffre d'investissements largement insuffisants. La santé, l'éducation sont deux droits fondamentaux. La Seine-Saint-Denis a été trop longuement négligée. Le CHU comme les universités du département doivent recevoir maintenant les moyens nécessaires à l'accomplissement de leurs missions.